Voyage de libération - nouvelle

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Voyage de libération - nouvelle

Message  Travelling Otter le Ven 2 Mai - 9:25

Bonjour à tous/toutes, je poste mon premier texte sur le forum  Smile  Il s'agit d'un texte que j'ai du écrire pour un concours sur un autre forum, qui avait pour thème de décrire le personnage incarné à l'intérieur du site. J'avoue ne pas avoir passé beaucoup de temps sur ce texte, par flemme et manque de temps. Mais j'ai tout de même décidé de le poster ici, pour avoir votre avis  Smile 
Bonne lecture !
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La locomotive, immense dragon cracheur de vapeur, venait tout juste de s’arrêter au quai numéro 3. Dans un sifflement strident, qui se répéta plusieurs fois, elle annonça aux passagers qu’ils venaient d’atteindre le terminus et qu’il fallait donc, sans plus tarder, quitter les lieux.
Assise sur ma valise rectangulaire et souriant à l’incroyable sanguinaire de ferraille, je profitais du flot humain, vomi de ses entrailles, pour contempler avec une certaine fascination et une pointe de nostalgie, ces êtres qui, tels des cafards, grouillaient tout autour de moi. A mes yeux, chacun d’entre eux me semblaient être un trésor inestimable d’émotions, de chaleur et de vie. Un rubis à multiple facette dont il était impossible de se lasser. Seulement, aucun d’eux ne semblait faire attention à moi, trop pressés, ou simplement perdus dans leurs pensées.
Lorsque la foule se dissipa, laissant un quai désert, je regardai ma montre, vieille antiquité qui datait de la fin du XVIIIème ; ses flèches dorées indiquaient 23h57. Un soupir de soulagement s’échappa de mes poumons, s’étalant dans l’air nocturne en une fine vapeur.
Au loin, plongé dans les ténèbres de l’immense ville bruyante, s’éleva alors le lourd grondement d’un cloché. Douze coups sonnèrent sans interruption, faisant vibrer l’air et saisissant les cœurs : il était temps.

Tout autour de moi, le quai commença sa transformation. La vapeur alors blanche, crachée par la monstruosité métallique, se teinta d’une couleur sombre et son odeur de charbon fut remplacée par celle du souffre. Les flammes rougeoyantes, captives des lanternes de verre, laissèrent leur apparat carmin, pour se vêtir de manteaux bleuâtres. Lentement, les nouveaux passagers s’invitèrent sur le quai dans un silence lugubre.
Des ombres éléphantesques aux formes humanoïdes s’extirpèrent du sol dans un cri suraigu, pareil au crissement d’une craie sur un tableau noir. Des corbeaux, grosses bestioles au plumage humide, se gonflèrent tels des ballons de baudruche jusqu’à l’explosion, donnant naissance à des créatures cadavériques ailées. De petits êtres cornus semblant être tout droit sortis d’un tonneau de charbon, furent crachés par les escaliers de la gare.
Le quai perdait peu à peu son humanité pour se transformer en une place de rassemblement pour créatures maléfiques.

Bondé, surpeuplé et exténué par ces subites apparitions, le quai gronda, pressant le train d’ouvrir ses portes. Ce dernier, semblant lui répondre par un sifflement reptilien, ouvrit sans plus attendre ses nombreuses bouches, d’où s’échappa d’avantage de fumée putride. Il était temps, le train n’allait plus tarder à partir.

Après avoir été emportée par la marée démoniaque et avalée d’une seule traite par le wagon métallique, je me retrouvai assise dans un compartiment haut de gamme : aux banquettes brodées d’or, tendues de satin et numéroté d’un 7 cuivré.
Je n’étais pas seule, en face de moi, vêtu d’une longue toge noire à capuche pointue, était installé un squelette lisant le quotidien du jour. Et comme tout psychopompe des temps anciens, à ses côtés, délicatement posée contre l’une des parois de la cabine : une faux récemment aiguisée.
Lorsque le train démarra, se détachant dans un grondement amer du quai, mon voisin plia sa gazette et la posa délicatement sur ses jambes. Ses orbites vides se posèrent sur moi et je pus discerner un mouvement de mâchoire, surement une esquisse de sourire, suivi d’un claquement de dents.
- En congé ? demanda-t-il curieux.
- Je dirais plutôt en voyage, un très long voyage. Vous ?
- Vacances, bien mérités, avec toutes ces épidémies nous autres avons pas mal de boulot.
Je souris, dévoilant à la Mort ma dentition particulière. Elle hocha de la tête, ses os craquant au moindre mouvement dans un rythme presque exotique.
- Votre espèce ne nous facilite pas la tâche, vous pullulez comme de la vermine, si vous me permettez l’expression.
- Vous ne pouvez avoir plus raison. Nous sommes partout… Je me rappelle encore, il y a quelques siècles à peine, nous n’étions qu’un groupe à nous partager équitablement le monde, tuant avec raffinement, nous prélassant dans la luxure et le vice… Quel dommage d’être en surpopulation...
- C’est pour cette raison que vous quittez la ville ?
- Oui, tout à fait. Tout du moins l’une des raisons.
- Quelle est votre destination ?
- Le Royaume des Chimères.
Les os de la Mort jouèrent encore de leur musique. Dehors, le paysage défilait à une vitesse irréelle. Il ne s’agissait pas de plaines verdoyantes  ou de villages abandonnés, mais de paysages tout droit sortis de l’imagination d’un artiste fou. Le ciel avait pris des teintes rouges, prenant l’apparence d’un immense lac de sang en suspension ; les arbres n’étaient plus de bois mais de métal pointu, où s’étaient empalées çà et là des créatures suicidaires ; l’herbe était inexistante et l’air irrespirable.
Quitter la ville pour un monde de désolation était pour moi un soulagement infini. Je savais que bientôt, ce tableau sinistre allait laisser place à un monde aux couleurs bleues, à une sérénité que je me languissais d’atteindre et surtout à un groupe de résidents des plus extraordinaire.
Mon sang, fraichement renouvelé, pulsait dans mes veines à une vitesse anormale. Mes pupilles dilatées cherchaient le moindre indice qui allait annoncer mon arrivée prochaine. Mon envie de retour se transformait en une faim insoutenable, tiraillant mes entrailles, figeant mes muscles.  
Je ne souhaitais plus qu’une chose : sortir de ce train organique, abandonner mon voisin à son enfer perpétuel et retrouver ce que j’avais délaissé il y a plusieurs années de cela.
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Travelling Otter

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